Baume pour les lèvres

Défense de fumer, de boire ou de manger dans les locaux de ce blog. Pour examiner la vérité, il est besoin, une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut. (Réné Descartes)

mercredi, mai 09, 2007

L'inégalité Humaine

Dans la Belle Province, une attitude défaitiste a longtemps régné au sein du peuple. Fort heureusement, cette impression d’être « né pour un petit pain » tend à disparaître grâce, entre autres, à la révolution tranquille qui a changé les mentalités avec une subtilité admirable. Le Québécois moyen peut maintenant négocier avec les Américains ou les « Big Boss patronneux » dont parlait le FLQ, sans se sentir diminué. La confiance en soi et en ses capacité augmente avec l’accessibilité aux études supérieures, et on a la ferme impression d’avoir la même valeur qu’un autre. Aussi importante que soit l’estime personnelle pour le développement humain, l’amour de l’égalité est une notion illusoire et naïve. À mon avis, les êtres humains ne sont pas et ne seront jamais égaux, en ce qu’ils n’ont pas la même « condition », ni la même valeur.

Notre société, comme toutes les autres d’ailleurs, est hiérarchisée. Nous remettons une partie de notre liberté entre les mains de décideurs qui font des lois, nous élisons un gouvernement. Nous créons des mini-sociétés qui sont elles aussi hiérarchisées, telles que les compagnies ou les organismes. Cela forme des classes sociales qui sont, comme Karl Marx le disait si bien, une source d’inégalité chez l’Homme. Marx, comme nous le savons, dénonçait la situation et rêvait d’une société communiste où chacun bénéficierait du même statut que son voisin. Pour ma part, je considère que cet idéal va à l’encontre de la nature humaine. Plus encore, je crois qu’une telle égalité serait un obstacle à l’avancement de l’individu et de la société. C’est le propre de l’Homme que de chercher à s’accomplir, à améliorer sa condition de vie et à se valoriser. L’individu cherche à se tailler une place au sein de sa société, à avoir une certaine notoriété auprès de ses semblables. Cette recherche de l’approbation de ses pairs, Sartre la nommait « intersubjectivité ». En se préoccupant de l’opinion d’autrui, on procède à une certaine introspection qui ne peut qu’aboutir à une amélioration de notre « moi profond ». Si On est ce que l’on fait, alors on cherche à commettre les bonnes actions. On essaie d’apprendre de nos erreurs et on s’épanouit en tant que personne. Nous acquérons donc une certaine valeur sociale, qui ne peut être exactement la même que celle de notre prochain. À l’extrême, prenons l’exemple de Mère Térésa et de Charles Manson. Ce sont deux êtres humains, mais ils n’ont pas la même valeur, en ce que l’une faisait le bien et l’autre le mal. Ils ne sont pas égaux en raison de leurs actes, et non de leur race ou de leur compte en banque. C’est là en réalité la véritable source de jugement : les actes.

Alors que Marx opposait les possédants aux non-possédants, j’aurais plutôt tendance à distinguer les leaders de la masse – ou les forts et les faibles pour reprendre l’expression de Stirner. L’ambition, la détermination et la persévérance sont la clé de la réussite. Que ce soit au travail ou dans notre vie affective, la formule demeure. Combien de fois avons-nous entendu « Quand on veut, on peut! » Cette maxime, trop souvent banalisée, justifie l’inégalité entre les hommes. « Accepte ta condition, puisque tu es maître de ton destin .» Voilà ce que j’aurais tendance à répondre à ceux qui crient à l’injustice. Certes, certaines inégalités sont réellement injustes, comme les inégalités naturelles. Les handicaps et les maladies graves briment l’individu aux prises avec eux dans sa liberté. Malgré tout, ces gens peuvent également se dépasser eux-mêmes en relevant des défis. Ces défis seront simplement différents de ceux que devra relever un autre en bonne santé, par exemple. Donc, même face à l’injustice naturelle, l’Homme peut choisir de s’accomplir à sa manière et gagner une valeur personnelle.

D’autres inégalités, de moins en moins présentes dans les sociétés dites « évoluées » existent. Ces préjugés sociaux, comme le sexisme et le racisme, peuvent devenir une barrière pour celui qui cherche à acquérir sa « valeur ». Or, tout comme pour les inégalités naturelles, il est possible d’affronter ces préjugés sociaux et de s’épanouir. Martin Luther King, par exemple, est devenu un héros pour sa communauté, et a réussi à changer une multitude de mentalités. En ce sens, une personne différente a le choix de s’apitoyer sur son sort ou de faire de sa différence une force qui lui sera particulière.

En somme, les êtres humains sont et doivent rester inégaux les uns par rapport aux autres. Chacun recèle une « valeur » différente face à son prochain, mais surtout face à lui-même. L’important est de s’améliorer au cours de notre vie, et de se sentir fier de ce qu’on a accompli. Pour certains, la fierté se trouve dans les grandes actions (comme bâtir une multinationale et devenir milliardaire) alors que pour d’autres, elle se trouve dans des accomplissements considérés comme « banals » (avoir un enfant, acheter une maison). Je ne penses pas que ce soit l’ampleur de la réussite qui importe. Une personne qui est fière d’elle et qui a aidé son prochain plutôt que de lui nuire mérite l’admiration de ses confrères. Elle n’est en aucun cas égale à celui qui se plaint de sa condition en s’enlisant dans l’inaction.